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PROLONGATION D’ACTIVITÉ : LA BAISSE DES REVENUS SUFFIT-ELLE À PROUVER L’URGENCE ?

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Le 13 octobre 2026
PROLONGATION D’ACTIVITÉ : LA BAISSE DES REVENUS SUFFIT-ELLE À PROUVER L’URGENCE ?
Le Conseil d’État juge qu’une perte de revenus prévisible à la limite d’âge ne suffit pas, à elle seule, à établir l’urgence en référé-suspension.

Le Conseil d’État précise que la perte de rémunération normalement liée à la limite d’âge ne suffit pas, à elle seule, à établir l’urgence d’un référé-suspension.

 

Pourquoi la baisse attendue de la pension ne caractérise-t-elle pas, à elle seule, l’urgence ?

Un adjoint technique principal de première classe, employé par le département de Lot-et-Garonne, avait demandé une prolongation de son activité au-delà de la limite d’âge, sur le fondement de l’article L. 556-7 du code général de la fonction publique.

La présidente du conseil départemental avait refusé cette demande le 23 octobre 2025.

Le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux avait suspendu ce refus le 5 janvier 2026 et ordonné le maintien provisoire de l’intéressé en activité.

Pour caractériser l’urgence, il avait notamment retenu la cessation imminente de son activité, sa perte de revenus et le caractère incomplet de sa carrière.

Le département s’est pourvu en cassation.

Le Conseil d’État rappelle que l’article L. 521-1 du code de justice administrative exige simultanément une urgence et un moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

L’urgence doit être appréciée objectivement et concrètement, au regard de l’ensemble des circonstances et des justifications apportées par le requérant.

Or, en l’espèce, le fonctionnaire connaissait la date à laquelle il atteindrait sa limite d’âge, les conséquences normalement prévisibles de cette échéance sur ses ressources et l’incertitude attachée à une éventuelle prolongation d’activité.

La seule diminution de revenus résultant de son départ à la retraite ne suffisait donc pas à caractériser l’urgence.

Le Conseil d’État considère que le juge des référés a commis une erreur de droit en déduisant l’urgence de ces seuls éléments. 

 

Quels éléments produire pour établir l’urgence d’un référé contre le refus de prolongation ?

Après avoir annulé l’ordonnance du tribunal administratif, le Conseil d’État statue lui-même sur la demande de suspension.

Il constate que l’agent invoquait uniquement la différence entre sa rémunération et sa future pension.

Il rejette donc le référé-suspension sans examiner l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité du refus.

Cette décision ne signifie pas qu’un agent proche de la retraite serait, par principe, privé de toute possibilité de référé-suspension.

Elle impose en revanche de distinguer les conséquences normales et prévisibles du départ à la retraite d’une situation d’urgence particulière, démontrée par des éléments objectifs et individualisés.

En pratique, l’agent souhaitant saisir le juge des référés devra notamment pouvoir produire un budget comparatif documenté, faisant apparaître sa rémunération nette, sa pension prévisible, ses charges incompressibles et les éventuelles difficultés financières immédiates.

Des circonstances exceptionnelles affectant gravement sa situation personnelle pourront également être invoquées, sous réserve de leur justification et de l’appréciation du juge.

Il faudra parallèlement développer des moyens de légalité propres à la décision de refus.

La portée de cette jurisprudence doit néanmoins rester circonscrite : elle concerne un refus de prolongation d’activité à la limite d’âge, et non, par exemple, une mise à la retraite pour invalidité ou une éviction d’emploi produisant des conséquences différentes.

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