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UNE MESURE DÉJÀ PRÉVUE PEUT-ELLE COMPENSER L'IMPACT D'UN PROJET SOLAIRE ?

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Le 04 août 2026
UNE MESURE DÉJÀ PRÉVUE PEUT-ELLE COMPENSER L'IMPACT D'UN PROJET SOLAIRE ?
Une mesure déjà programmée peut-elle compenser l’impact d’un projet solaire sur une zone humide lors d’une autorisation de défrichement ?

CE, 31 juillet 2026, n° 502031

 

Pourquoi l’autorisation de défrichement a-t-elle été annulée ?

L’affaire concernait un projet de centrale photovoltaïque situé sur le territoire de la commune d’Ongles, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Le préfet avait autorisé le défrichement de 12,7 hectares de terrains boisés en vue de l’installation d’une centrale destinée à produire environ 12,7 GWh.

La cour administrative d’appel de Marseille avait annulé cette autorisation. Le Conseil d’État rejette le pourvoi de la société porteuse du projet.

L’article L. 341-5, 3° du code forestier permet de refuser une autorisation lorsque la conservation des bois et forêts est reconnue nécessaire à l’existence des sources, cours d’eau et zones humides, ainsi qu’à la qualité des eaux.

En l’espèce, les juges avaient constaté que le défrichement entraînerait la perte d’une partie d’une zone humide et que cette perte présenterait un impact fort sur l’environnement. Ils pouvaient en déduire que la conservation des bois concernés était nécessaire à l’existence de cette zone.

La société invoquait une mesure consistant à intervenir sur une autre partie de la zone humide. Cette intervention avait toutefois déjà été programmée par l’Office national des forêts, indépendamment du projet photovoltaïque.

Le Conseil d’État admet que la cour refuse de tenir compte de cette mesure. Une action qui aurait été réalisée même en l’absence du projet ne constitue pas un gain environnemental propre permettant d’en neutraliser les effets.

La décision comporte également un enseignement paysager. L’article L. 341-5, 8° du code forestier permet de prendre en considération le bien-être de la population.

À ce titre, les juges pouvaient examiner :

  • les vues offertes depuis un chemin de grande randonnée ;
  • la visibilité du projet depuis des sites inscrits ou classés ;
  • l’unité paysagère du secteur ;
  • le caractère remarquable des paysages de Haute-Provence.

L’impact d’un défrichement ne se limite donc pas à la seule destruction matérielle des arbres. Il peut aussi être apprécié au regard de ses effets sur les zones humides, l’écosystème, les paysages et les usages du territoire.

 

Comment construire une compensation réellement prise en compte ?

La décision invite les porteurs de projets et les autorités compétentes à distinguer clairement les actions existantes des mesures spécifiquement créées pour compenser le projet.

Avant de définir une compensation, il convient de réaliser un état initial suffisamment précis :

  • délimitation de la zone humide ;
  • description de ses fonctions écologiques ;
  • identification des bois qui participent à son maintien ;
  • analyse des écoulements et de la qualité de l’eau ;
  • inventaire des habitats et espèces ;
  • appréciation des effets paysagers et des usages du site.

Le porteur de projet doit ensuite respecter la logique consistant à éviter, puis réduire et, en dernier recours, compenser les impacts résiduels.

Une mesure compensatoire crédible doit présenter un caractère additionnel. Il faut pouvoir démontrer qu’elle :

  • n’était pas déjà programmée par une autre personne publique ou privée ;
  • n’aurait pas été mise en œuvre sans le projet ;
  • répond précisément aux fonctions écologiques affectées ;
  • repose sur une maîtrise foncière ou contractuelle suffisante ;
  • dispose d’un calendrier, d’un financement et d’indicateurs de suivi ;
  • peut être maintenue pendant une durée adaptée aux impacts.

Il est utile d’établir un tableau comparant, pour chaque mesure :

  • l’état initial ;
  • l’impact évité ou réduit ;
  • l’impact résiduel ;
  • l’action proposée ;
  • les actions déjà engagées sur le site ;
  • le gain environnemental supplémentaire attendu ;
  • les modalités de contrôle.

L’administration doit vérifier que la mesure ne consiste pas à attribuer au projet le bénéfice d’une intervention préexistante. Une compensation insuffisamment individualisée peut fragiliser l’autorisation de défrichement, même lorsque la surface annoncée paraît importante.

Le dossier doit également traiter les impacts visuels et paysagers. Des photomontages, coupes topographiques et prises de vue depuis les itinéraires fréquentés ou les sites protégés peuvent permettre une appréciation plus fiable.

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